Dans le cadre du Lab Égalité des Genres de l’INMC, l’impact des stéréotypes de genre sur l’éducation des jeunes enfants s’est imposé comme une question prioritaire pour les enseignant·es des villes du RIVM. Cette préoccupation dépasse largement le monde scolaire. Dans l’espace public, le débat reste ouvert : comment les stéréotypes de genre façonnent-ils les comportements, les aspirations et les choix des enfants dès leur plus jeune âge ?
En effet, nous n’agissons pas de la même manière s’il s’agit d’un garçon et avec une fille. Sans même nous en rendre compte, nous interprétons différemment leurs réactions, leurs émotions ou leurs comportements. Nous leur attribuons aussi, presque automatiquement, certaines qualités : on parle alors de biais de genre. Sur le moment, cela peut sembler anodin. Pourtant, ces petits écarts de perception ont des effets bien réels. Ils influencent la confiance des enfants, leurs centres d’intérêt et même leurs choix d’orientation.
Les recherches, depuis une vingtaine années, de Delphine Martinot (Université Clermont Auvergne) montrent, entre autre, par exemple que ces stéréotypes jouent un rôle dans les écarts entre filles et garçons en mathématiques. Beaucoup de filles se sentent moins légitimes dans les matières scientifiques, tandis que certains garçons n’osent pas s’intéresser à des activités perçues comme « féminines ». Très tôt, les enfants cherchent à se conformer à ce qu’ils pensent être attendu d’eux. Ils intègrent ces normes comme naturelles, alors qu’elles sont en réalité construites par la société.
C’est pour mieux comprendre ces mécanismes qu’une formation a été organisée à Clermont-Ferrand en mars 2026 (Pour plus d’informations, cliquez ici). Et c’est dans la continuité de ce travail que des enseignants français, italiens et allemands se sont retrouvés à Regensburg pour une visite d’étude riche en enseignements.
Sur place, ils ont pu découvrir le fonctionnement d’un collège allemand (Mittelschule), où l’accent est mis à la fois sur l’accompagnement des élèves et sur les activités pratiques. L’école a identifié , au fil de son expérience, que les ateliers de menuiserie ou d’électricité, lorsqu’ils sont proposés en groupe non mixte, permettent de renforcer la confiance des filles. Cette approche favorise leur participation active et les encourage à s’investir davantage dans des domaines traditionnellement associés aux garçons.

La visite s’est poursuivie à l’Universität Regensburg, très engagée sur les questions d’égalité entre les femmes et les hommes. Même si des inégalités persistent, notamment dans l’accès aux postes les plus élevés, des actions concrètes sont mises en place : mentorat, formations, sensibilisation aux stéréotypes, autant de leviers pour faire évoluer les mentalités.

En collaboration avec OTH (l’université technique) de Regensburg, l’université propose également des modules de formation spécifiques sur l’étude des genres accessibles à l’ensemble des étudiants, quel que soit leur cursus. Cette initiative contribue à sensibiliser les futurs professionnels aux enjeux de l’égalité et de l’inclusion.
Autre moment fort : la découverte du MINT Lab, un espace dédié aux sciences et aux technologies. Ici, l’apprentissage passe par la créativité et une réalisation concrète. Résultat : les filles participent davantage, surtout lorsque les activités prennent une dimension artistique (STI(A)M : Science, Technologie, Ingénierie, Arts et Mathématiques)) ou lorsqu’elles se déroulent en groupe non-mixte.

Le séjour a également permis d’observer une classe de mathématiques en primaire et d’échanger entre enseignants sur leurs pratiques. Des projets communs sont en préparation, notamment via le programme eTwinning, une plateforme digitale qui permet aux enseignants des 45 pays participants de collaborer et de réaliser des projets d’échanges à distance, afin renforcer la coopération entre les écoles de ces trois pays.

Enfin, la visite guidée de Regensburg, dont le fil rouge était les figures féminines historiques, a rappelé un point essentiel : rendre visible les femmes, c’est aussi lutter contre les stéréotypes et offrir aux élèves des modèles variés et inspirants.
Ce projet a confirmé une chose : agir contre les stéréotypes de genre demande à la fois de la prise de conscience, des outils concrets et des expériences partagées. C’est un travail collectif, indispensable pour permettre à chaque enfant de grandir librement, sans limitation dictée par son genre.