Depuis plusieurs années, la question des stéréotypes de genre à l’école s’impose progressivement dans les débats éducatifs. En particulier dans les disciplines scientifiques, et notamment en mathématiques, des inégalités persistantes interrogent : pourquoi les filles, dès le plus jeune âge, doutent-elles davantage de leurs compétences ? Comment les représentations sociales influencent-elles les trajectoires scolaires ?
Ces constats, largement documentés par la recherche, et notamment par les travaux du LAPSCO (Laboratoire de Psychologie Sociale et Cognitive) de l’Université Clermont Auvergne, dont ceux de Delphine Martinot, mettent en lumière l’impact des stéréotypes sur les apprentissages, la confiance en soi et les choix d’orientation. Ils soulignent aussi un point essentiel : ces mécanismes s’installent très tôt, dès l’école primaire.
Face à ces enjeux, des initiatives se développent pour accompagner les professionnel·les de l’éducation. C’est dans cette dynamique que le Réseau International des Villes Michelin (RIVM), en collaboration avec le rectorat de Clermont-Ferrand et en lien avec l’Université Clermont Auvergne, a organisé une formation professionnelle internationale dédiée à la lutte contre les stéréotypes de genre, notamment dans l’enseignement des mathématiques et des matières scientifiques.

Du 9 au 12 mars 2026, la Ville de Clermont-Ferrand a ainsi accueilli des institutrices d’écoles primaires venues de Cuneo (Italie), Salford (Angleterre), Regensburg (Allemagne) ainsi que de Clermont-Ferrand. Issues d’écoles et de contextes éducatifs variés, elles ont participé à une formation de trois jours, conçue pour favoriser les échanges de pratiques, la réflexion collective et l’appropriation d’outils concrets.
Dès les premières activités, les participantes ont été invitées à questionner leurs propres représentations. Une « Fresque de l’Équité » a permis d’aborder de manière collaborative les mécanismes des inégalités de genre. Cette approche interactive a posé les bases d’un travail plus approfondi, mêlant apports scientifiques et mises en situation.
Au fil des ateliers, les institutrices ont exploré des stratégies pédagogiques pour construire des environnements de classe plus inclusifs. Une présentation théorique a posé le cadre en montrant l’apparition précoce des stéréotypes de genre et leur impact sur les apprentissages, le sentiment de compétence et les parcours scolaires. Elle a été suivie d’un atelier interactif, qui a offert l’occasion d’appliquer concrètement les notions et leviers présentés, en travaillant sur des situations de classe.
La visite de « mille formes », centre d’initiation à l’art fondé sur l’expérimentation et la créativité, a enrichi cette réflexion en montrant comment des environnements d’apprentissage alternatifs peuvent contribuer à déconstruire les stéréotypes. Une intervention spécifique a également mis en avant le rôle du langage dans la reproduction des biais de genre, proposant des stratégies simples pour un usage plus inclusif et équitable.
Parallèlement, la formation s’est nourrie d’observations de terrain : une immersion à l’école primaire Pierre Mendès France a permis de découvrir des pratiques concrètes en faveur de l’égalité filles-garçons, tandis qu’une visite du collège de Saint-Gervais-d’Auvergne, accompagnée d’une intervention sur les évaluations académiques et nationales en mathématiques, a offert un éclairage complémentaire sur la continuité de ces enjeux dans le secondaire.
Ce projet souligne que les inégalités de genre se construisent dès le plus jeune âge, souvent de manière invisible, mais qu’elles peuvent également être déconstruites grâce à une prise de conscience et à une action collective. Les enseignant·es jouent ici en effet un rôle déterminant, dans la mesure où les représentations et les perspectives des élèves se façonnent très tôt au sein des classes.

La suite du projet
Les participantes ont transmis un retour positif sur cette formation, et certaines ont déjà mis en place des activités de sensibilisation dans leur classe. Ensemble, les institutrices italiennes, françaises, allemandes et anglaises créeront un livret pédagogique à destination des établissements scolaires des villes du RIVM, lequel aura pour objectif de fournir des outils théoriques et pratiques aux autres enseignant·es afin de lutter contre les inégalités de genre dans leurs écoles respectives.
Du 22 au 26 juin 2026, plusieurs enseignantes issues du groupe international se retrouveront à Regensburg pour une visite d’étude. Ce séjour, rendu possible grâce à des bourses Erasmus+ et au soutien budgétaire du RIVM, proposera un programme inspirant. Parmi les activités prévues : deux visites d’écoles, la découverte de la Rubina Haus, un lieu innovant d’initiation aux matières STEM, ainsi qu’une rencontre avec l’Université de Regensburg, pionnière dans l’intégration d’un cursus en études de genre à son offre de formation.
Enfin, les participantes échangeront avec les autorités éducatives bavaroises, complétant cette visite d’étude par un volt institutionnel autour des politiques éducatives locales. Ce temps de travail partagé sera également l’occasion de finaliser le livret pédagogique du projet.
Une présentation officielle du livret est prévue à Cuneo pendant les 5èmes Rencontres du RIVM, du 5 au 9 octobre 2026.


